Pour Syngenta : « L’innovation digitale n’a pas de sens si elle ne répond pas aux besoins de l’agriculteur »

3 questions à Bruno Baranne, président de Syngenta France et associé de la holding API-Agro.

Publié le 29.11.2021

Quelle est la place de l’innovation chez Syngenta ?

La R&D est le cœur de notre activité, qui est en amont de l’agriculteur. Nous réfléchissons sur comment apporter des solutions qui répondent aux besoins des exploitants agricoles, à ceux des filières et ceux des consommateurs car notre métier de base, c’est bien la protection des plantes et notre raison d’être est d’en révéler le potentiel.
Dans le monde en mutation qui est le nôtre, les agriculteurs se retrouvent « demandés » par le grand public qui s’intéresse au « comment ». En tant que fournisseur de l’amont, cela  replace l’innovation au cœur du jeu car nous sommes face à une mutation accélérée.
Le changement climatique est également un enjeu majeur pour l’agriculture. Si l’agriculture a une part de responsabilité, comme tous les autres secteurs, il ne faut pas oublier qu’elle en est la solution grâce à la captation et au stockage du carbone.
L’innovation doit permettre de répondre à trois enjeux qui sont interdépendants. D’abord, la rentabilité d’abord : il faut que l’agriculteur puisse vivre de son activité et puis il faut également une agriculture qui soit productive pour répondre aux besoins alimentaires mondiaux croissants. Enfin, la dimension de la durabilité est incontournable pour répondre à ces deux axes précédents et avoir des exploitations plus durables et résilientes. Ces trois points permettront de répondre aux besoins différents et évolutifs des consommateurs. Pour répondre à cela, Syngenta va investir 2 milliards de dollars dans les technologies de rupture, d’ici 2025.

Face à ces différents enjeux, que peuvent apporter les data agricoles ?

La principale valeur  de la donnée est partout la même : c’est son calibrage. Comment faire en sorte que les données se parlent ? Comment rendre collectivement les données intelligentes ? Ce sont des standards partagés, des extractions croisées, combinées qui vont ainsi produire de l’intelligence et vont permettre d’alimenter les outils d’aide à la décision.
Depuis longtemps, en sélection végétale, on rapproche les génotypes et les phénotypes. La vigne, par exemple, se travaille à partir d’observations météorologiques et historiques. On fait du prédictif pour pouvoir adopter le bon traitement. C’est d’une complexité inouïe.
Il est donc nécessaire de décloisonner. Notre métier, c’est d’apporter de l’innovation mais l’écosystème est plus complexe qu’il n’y paraît. C’est pourquoi il faut développer une approche combinatoire des solutions et des outils. Et ici, l’innovation digitale n’a pas de sens si elle ne répond pas aux besoins concrets, pratiques, de l’agriculteur. Agdatahub s’inscrit dans ce cadre : la collaboration est la voie du succès pour faire bouger les lignes.

Quels sont, selon vous, les défis de l’agriculture d’aujourd’hui ?

En France, comme dans le monde : le changement climatique est le défi majeur. Mais il ne faut oublier de répondre à la complexe question quotidienne de l’agriculteur, celle de savoir quoi semer, comment protéger et quand récolter. Nos capacités d’innovation nous donneront les clés pour répondre à ces enjeux. Les données numériques doivent nous aider à être plus intelligents collectivement. Sur les exploitations, elles doivent permettre de faire gagner du temps aux agriculteurs et aux éleveurs, de ne traiter que ce qui doit l’être et d’adopter les traitements. C’est sur sa capacité à répondre à ces points de difficulté précis que réside la force du digital.

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