Mathias Herman : « L’agriculture numérique doit apporter plus de confort de travail et de transparence »

3 questions à Mathias Herman, responsable Smart Agriculture chez Orange Business Services (OBS), partenaire d’Agdatahub et filiale de services aux entreprises du groupe Orange.

Publié le 14.03.2022

Quelle est l’expertise d’Orange Business Services sur le secteur de l’agriculture numérique ?

La particularité d’OBS, c’est de conjuguer des compétences d’opérateur et d’IT (sites web, intelligence artificielle, appli, maintenance…) et de pouvoir intervenir à toutes les étapes du parcours des données agricoles. C’est-à-dire depuis le champ (capteurs, imagerie satellite), l’exploitation (via l’accès au web, la connectivité, la téléphonie), la coopérative ou le regroupement agricole (échanges de données, traçabilité) vers la transformation, la distribution et le consommateur. En résumé : nous pouvons accompagner une multitude de services, de la fourche à la fourchette

Orange, opérateur très bien implanté dans les territoires ruraux, adresse le marché agricole comme tout marché professionnel pour les besoins en téléphonie et connectivité. Le déploiement de la fibre et des réseaux mobiles (4G et 5G) sont deux dynamiques très importantes qui vont permettre au monde rural d’être connecté à Internet aussi bien qu’en ville et de disposer d’un réseau mobile aussi performant qu’en zone urbaine.

Pour les objets connectés (IoT) dans les exploitations agricoles, en plus du réseau GSM (4G LTEm), les deux réseaux les plus connus en France sont SigFox et LoRa. Ils fonctionnent en bas débit et sont utilisés plutôt pour des objets qui se déplacent peu et qui envoient peu de données sur une longue période, grâce à une efficacité énergétique intrinsèque… Il s’agit donc de proposer des abonnements abordables. C’est pourquoi Orange France a investi et déploie le réseau LoRa. OBS vend donc des abonnements d’Orange aux entreprises qui mettent sur le marché des objets connectés utilisant le réseau LoRa.

L’apport d’OBS pour la Smart Agriculture, ce sont aussi des services pour accompagner les besoins liés à la digitalisation des exploitations, comme des plateformes pour gérer des objets connectés ou des réseaux, des plateformes pour le traitement des données collectées ou des outils de stockage, d’hypervision ou de cybersécurité. C’est-à-dire toutes les briques technologiques à assembler pour construire un service numérique. Dans un monde très concurrentiel, OBS se démarque et se dissocie des Gamam (Google, Amazon, Méta, Apple et Microsoft) même si on fait encore trop souvent l’amalgame. En tant qu’opérateur, la règlementation nous impose de ne pas lire le contenu des mails ou des informations circulant sur notre réseau. On ne peut travailler sur la donnée que si nous avons reçu le consentement de la source ou en cas d’obligation juridique. De plus, OBS est un acteur reconnu dans l’utilisation, la souveraineté et la sécurité des données.

Comment s’est construit et comment se manifeste le partenariat qui unit Orange Business Services et Agdatahub ?

Tout a commencé autour du projet de recherche Multipass porté par l’Acta (les Instituts techniques agricoles) sur un routeur des consentements agricoles et dont le projet d’industrialisation a donné lieu à un appel à manifestation d’intérêt. J’ai rencontré Sébastien Picardat, directeur général d’Agdatahub, et nous avons décidé de monter un consortium pour y répondre. Dans ce consortium il y avait, en plus d’OBS et Agdatahub : Dawex, GS1 France, l’association Numagri et 3DS Outscale (qui a quitté le projet depuis, NDLR). Aujourd’hui, le routeur de consentements est en passe d’être déployé largement, associé à l’identité numérique des exploitations agricoles, qui est une co-innovation entre OBS et Agdatahub.

Ce projet date de 2019. Nous voulions investir dans une fonctionnalité d’identité numérique car cela apporte un gain énorme de sécurité. En pratique, on se connecte une seule fois à une plateforme depuis laquelle on accède à un réseau de plateformes en toute sécurité. Ce module d’identité numérique donne un atout supplémentaire à Agdatahub, avec l’exclusivité de l’usage sur le secteur agricole. Nous avons depuis été rejoints par IN Groupe pour le développement de cette solution qui a été présentée sur le stand d’Agdatahub, au salon de l’agriculture 2022.

Plus récemment, OBS et Agdatahub ont décidé d’un partenariat commercial afin de se rapprocher encore davantage autour de l’idée de la chaîne de la donnée. Ainsi, avec ses plateformes de consentements et d’échanges de données, Agdatahub intervient sur les étapes « sécuriser » et « échanger » et OBS sur les étapes « collecter » et « traiter ». La chaîne de la donnée, c’est le parcours des data, de l’exploitation agricole jusqu’au consommateur. Par exemple, la première chaîne de valeur de la donnée sur laquelle travaille OBS c’est le projet Wine Cloud (ou de la vigne à la dégustation). On y lie des notions de traçabilité, de qualité, de services liés à la viticulture et la viniculture…

Quel regard portez-vous sur la « smart agriculture » de demain ?

Les sujets essentiels sont la qualité de l’alimentation pour les consommateurs et le confort et la qualité de vie des agriculteurs, qui sont des entrepreneurs qui prennent des risques tout le temps. J’espère donc que les entreprises de l’AgriTech vont répondre à leurs attentes. Et si on peut ou doit apporter de la transparence dans les conditions de production, ce serait bien que cela s’accompagne pour le grand public d’une prise de conscience de ce qu’est vraiment le quotidien d’un agriculteur. C’est-à-dire des conditions de travail souvent pénibles et le poids de la performance économique, ainsi que les enjeux environnementaux croissants. Dans un contexte de transformation de l’agriculture, on doit pouvoir aider le monde agricole à se réinventer grâce au partage de ses données et je suis persuadé que le digital peut apporter du confort ou encore fluidifier et simplifier le quotidien des agriculteurs.

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