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Agridataspace : la feuille de route du futur data space dédié à l’agriculture tout juste livrée

La Stratégie européenne sur les données prévoit le déploiement de data spaces sectoriels afin de former un marché de la donnée et de le déployer selon des règles harmonisées. Agdatahub a coordonné un consortium de 15 partenaires qui ont travaillé sur l’étape préliminaire au data space dédié à l’agriculture : l’inventaire des plateformes existantes et la définition d’une feuille de route. Explications avec Thomas Gomez, responsable de projets européens chez Agdatahub.

Quels étaient le cadre et les objectifs d’Agridataspace, projet européen qui vient de s’achever après 18 mois ?

T.G. : Agridataspace s’inscrit dans un contexte particulier, celui du cadre réglementaire européen sur les données, à savoir le Data Governance Act (DGA) et le Data Act (DA). Il s’agit de répondre à plusieurs questions induites par ces évolutions réglementaires : comment les mettre en œuvre (notamment le sujet de la gestion du consentement et des permissions à l’usage des données), par secteur économique et à l’échelle européenne ? Une des réponses, c’est la création des espaces de données ou « data spaces » sectoriels interopérables entre eux et au sein desquels les données circulent de manière sécurisée et selon une gouvernance harmonisée.

Si Agridataspace s’intéresse aux spécificités du secteur agricole, d’autres projets ont eux adressé les autres secteurs économiques identifiés : tourisme, santé, mobilité, green deal….

Le consortium que nous avions réuni, formé de 15 partenaires issus de 10 Etats-Membres (voir encadré ci-dessous), a été sélectionné par la Commission Européenne afin de mener les travaux d’Agridataspace, qui ont été financés par le Digital Europe Programme. Une des particularités d’Agridataspace, c’est qu’il ne s’agit pas de mener des recherches mais bien d’élaborer des recommandations pratiques sur la base de connaissances, d’outils ou d’initiatives existantes.

Notre objectif final était d’aboutir à une feuille de route utile au futur déploiement et à la maintenance du data space dédié à l’agriculture. Pour que ce soit réaliste, il a fallu que la proposition puisse faire consensus auprès de tous les profils d’acteurs des filières agricoles ainsi qu’auprès des organisations publiques qui seront impactés par la mise en place, d’ici trois ou quatre ans, du futur Data Space Européen dédié à l’Agriculture (CEADS).

En pratique, quels sont les aboutissements du projet Agridataspace ?

T.G. : Pour aboutir à la feuille de route, qui a été présentée à l’ensemble des parties prenantes en présence de la Commission Européenne le 24 avril 2024, trois grandes étapes ont été nécessaires :

  1. D’abord, une cartographie des Data Sharing Initiatives (DSI) existantes, à savoir toutes les manières d’échanger des données agricoles qui peuvent avoir cours sur le territoire européen : via une large enquête, ce ne sont pas moins de 454 DSI qui ont été identifiées. A noter que nous avions volontairement choisi une définition très large afin d’étudier un maximum de façons d’échanger de l’information, sans se restreindre sur un type d’échange de données ou un type d’architecture technique.
  2. Ensuite, les résultats de cette enquête ont été analysés au regard de quatre piliers : la gouvernance, le modèle économique, l’application du cadre législatif et l’architecture technique. Chacun de ces piliers a fourni des recommandations pour la mise en œuvre du futur data space.
  3. Enfin, nous avons pu rédiger le livrable final du projet : la feuille de route qui devra être suivie dans le cadre du déploiement du futur data space dédié à l’agriculture. C’est la prochaine étape et elle donne lieu actuellement à un nouvel appel à projet par la Commission Européenne.

Quels enseignements sur la maturité du secteur agricole en termes d’échanges de données peut-on tirer du projet Agridataspace ?

T.G. : Aujourd’hui, on peut dire que c’est très varié. A l’échelle de l’Union Européenne, il existe évidemment plusieurs types d’agriculture, de productions, de tailles d’entreprises… Cette diversité, sans être négative, rajoute de la complexité. Il faut pouvoir composer avec et impliquer au maximum les organisations locales que sont les coopératives, les organismes publics, les conseillers agricoles, les machinistes agricoles, les start-up de l’AgriTech…

Les data spaces, au sens de la Commission Européenne, sont des sujets aujourd’hui encore à l’état de concept, complexes de par la multitude des critères à considérer pour leur mise en œuvre et dans un contexte soumis à des évolutions réglementaires ou technologiques. L’expérience du projet a montré qu’il est difficile de s’emparer de ces sujets pour les non spécialistes. De plus, la question économique est centrale pour les acteurs du secteur agricole : quels intérêts ont-ils à rejoindre ce futur data space et pour quelle valeur ajoutée ? La participation au data space demande l’intégration de briques technologiques spécifiques pouvant engendrer un coût de développement important.

Pour faciliter la participation des acteurs quelque soit leur niveau technique, le projet a identifié le rôle d’intermédiaire de données comme central pour faciliter les transactions de données au sein du data space, afin de permettre à ces organisations locales d’y accéder sans avoir besoin d’investir dans des développements techniques ou dans l’installation de connecteurs complexes à déployer pour des TPE.

Par exemple, pour être conforme à la réglementation européenne, une coopérative doit pouvoir gérer les consentements et les permissions de ses adhérents à l’usage de leurs données. Elle peut choisir de réaliser des développements et d’utiliser des connecteurs ou avoir recours à un intermédiaire de données qui lui fera gagner du temps et économiser des ressources.

Toutefois, le data space se veut agnostique technologiquement, ce qui signifie qu’il définit des critères de sécurité et d’interopérabilité à respecter mais n’impose pas de technologie à intégrer. Une organisation est donc libre de choisir la technologie qui sera la mieux adaptée à ses besoins afin d’atteindre le niveau de conformité attendu.

Une autre conclusion d’Agridataspace c’est qu’il apparaît essentiel de s’appuyer sur des cas d’usage de types B2B (Business to Business) ou B2G (Business to Government) pour le déploiement du data space. Ces cas d’usage ont pour objectifs d’illustrer l’intérêt d’échanger des données dans un cadre transfrontalier en impliquant les agriculteurs, de mettre en pratique les concepts identifiés et de tester les différentes briques technologiques fondatrices du futur data space. La nature décentralisée du data space sous la forme d’un réseau de DSI et/ou d’acteurs lui permettra d’être facilement étendu une fois le socle mis en place.

Ils ont formé le consortium Agridataspace
Agdatahub | Foodscale Hub| Poznan Supercomputing and Networking Center / Poznańskie Centrum Superkomputerowo-Sieciowe (PCSS) | Universitat de Lleida | ILVO (Instituut voor Landbouw, Visserij- en Voedingsonderzoek) | Fondazione Bruno Kessler – FBK | VDI/VDE Innovation + Technik GmbH | Hochschule Osnabrück | Wageningen University & Research | 1001 Lakes Oy | ANAMOB | CEMA | Fraunhofer IESE | AEF – Agricultural Industry Electronics Foundation | FNSEA

En savoir + : agridataspace-csa.eu

autorisation à la circulation des données
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